Charles Antoine LETROSNE / Architecte en Chef des Bâtiments Civils et des Palais Nationaux / Architectes en Chef des Monuments Historiques
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Charles, Antoine LETROSNE / Architecte en Chef des Bâtiments Civils et des Palais Nationaux / Architectes en Chef des Monuments Historiques / Officier de la Légion d'Honneur.Fils de LETROSNE Paul, Ernest et de Augustine MARIN
Fils de Paul Ernest Letrosne (1827-1902) et d’Augustine Marin (1825-1884), Charles Antoine Letrosne naît à Paris en 1868 dans une famille protestante. Son père, architecte et professeur à l’École des Arts décoratifs le forme très tôt au métier d’architecte et de fait, Charles Letrosne élabore ses premiers plans dès 1882 pour le chalet d’un pasteur à Étretat. En 1885, il fait son entrée à l’École des Arts décoratifs et, en 1886, il intègre l’École des Beaux-arts. Rapidement, Charles Letrosne participe à des concours locaux et internationaux pour lesquels il est récompensé. C’est en 1894 que Charles Letrosne obtient son diplôme d’architecture, prenant ainsi la succession de son père dans le cabinet parisien situé au 12 rue d’Offémont (actuelle rue HenriRochefort). Plusieurs projets sont réalisés dans les années qui suivent : des hôtels particuliers parisiens, des villas en banlieue, des maisons ouvrières, des pavillons et des commandes municipales comme le théâtre de la Ville de Noyon (dès 1896). Sa carrière d’architecte est également jalonnée par la participation – en tant que candidat et membre du jury – à de nombreuses expositions nationales, internationales et universelles qui le couronnent de succès et contribuent à sa renommée. Ne cessant d’élargir le spectre de ses compétences, Charles Letrosne initie, en 1914, la rédaction d’ouvrages majeurs d’architecture régionaliste : les tomes des Murs.
La salle des fêtes municipale de Noyon est historiquement située sur la place au Blé – actuelle place Aristide Briand – et plus précisément, à l’emplacement de l’ancien hôtel du Chevalet, détruit en 1865 en raison de son inactivité et de l’arrivée du chemin de fer à Noyon. Ainsi, un concours est lancé en mai 1896 pour la construction d’une salle des fêtes municipale. Charles Letrosne le remporte et propose ses premiers plans dès janvier 1897. Le cahier des charges impose les éléments suivants : la salle doit accueillir 500 spectateurs et disposer d’une scène convertible dotée d’annexes lui étant reliées. Charles Letrosne opte pour un plan rectangulaire avec un espace additionnel pour la technique et le personnel. De plus, il conçoit la zone de l’orchestre – avant la scène – en léger dévers. La scène quant à elle, est pensée pour accueillir des banquets, des bals, remplissant donc de multiples fonctions. Mais c’est sans doute dans le plan et le dessin de la façade que Charles Letrosne se démarque. Il imagine une partie centrale légèrement en saillie, englobant toute la hauteur du bâtiment, offrant alors trois accès au rez-de-chaussée et trois grandes fenêtres au premier étage. Cet espace central est encadré par un fronton richement orné, avec l’inscription « THÉÂTRE », tandis que tout le rez-de-chaussée se singularise par l’utilisation d’une pierre différente donnant une impression de robustesse à l’ensemble. De part et d’autre de cette façade proéminente se trouvent deux espaces en retrait, proposant des toits à pans de hauteurs différentes. Enfin, l’architecte y ajoute une touche personnelle avec l’insertion d’une ligne de briques vernissées vert bouteille caractéristique tout autour de l’édifice, lui conférant ainsi son identité visuelle. Les travaux débutent en 1905 pour s’achever trois années plus tard. L’inauguration a lieu le 16 février 1908. Mais les bombardements du printemps 1918 endommagent gravement le bâtiment. Il est restauré par l’architecte Vernet entre 1922 et 1925, en particulier la toiture, même si la hauteur des toits n’est plus aussi variée. La façade est entièrement refaite dans un style plus classique. C’est lors de ces bombardements que les dernières traces de la maison Calvin, voisine du théâtre municipal, sont détruites : Charles Letrosne est chargé de sa reconstruction.
Construit sur l’emplacement de la maison natale du Réformateur, le musée Jean Calvin est un témoin privilégié de l’histoire de Noyon. Au XVIe siècle, la famille Cauvin vit dans une maison située place au Blé. C’est là que la tradition situe la naissance de Jean Calvin, le 10 juillet 1509. Dès le début du XXe siècle, la Société de l’Histoire du Protestantisme Français (S.H.P.F.) nourrit le projet d’acquérir le terrain où s’élève l’ancienne maison Calvin. En 1909, l’installation sur la place d’un monument à la mémoire du Réformateur est même évoquée. La société désire qu’une plaque soit apposée sur la façade ancienne pour rappeler la naissance du Réformateur, mais les négociations avec la propriétaire des lieux n’aboutissent pas. Ce sont les Allemands qui, occupant Noyon en 1917, fixent une plaque portant l’inscription « Ici est né Jean Calvin en l’an 1509 ». Mais les lourds bombardements du printemps 1918 détruisent presque la totalité de la ville : la maison Calvin fait partie des dommages. Seuls subsistent dans les décombres les fondations, l’entrée de la cave et la volée d’escaliers menant au balcon. En 1924, la S.H.P.F. fait l’acquisition de plusieurs parcelles et lance une souscription internationale afin de récolter des financements : le projet de musée peut enfin se concrétiser. Charles Letrosne, qui est alors l’auteur de la transformation de l’escalier du Grand Palais pour l’Exposition des Arts décoratifs, est choisi pour reconstruire la maison Calvin. Dès 1927, il propose avec ses collaborateurs plusieurs études avant d’aboutir à la configuration actuelle. Il s’inspire du style noyonnais du XVIe siècle et élabore un plan incluant les éléments originels de la maison : la partie gauche à l’emplacement de l’ancienne maison du XVe siècle reproduit, d’après photographies, la réputée chambre natale de Jean Calvin, avec une façade entièrement recouverte d’ardoises et un soubassement en pierres blanches à pans de bois ; la partie droite présente une élévation sur trois niveaux, une façade à pans de bois et des toits à pans. Par ces procédés, Charles Letrosne indique la répartition intérieure des espaces. Ainsi, sont disposés au rez-de-chaussée, communiquant avec la reconstitution de la chambre de Calvin, un espace dédié au culte protestant, au premier étage un musée sur les Églises réformées du Nord de la France et au second étage une bibliothèque. Le chantier prend fin en 1930 et le musée est inauguré, le 6 juillet de la même année. Le musée Jean Calvin compte ainsi parmi les différents chantiers de Charles Letrosne, architecte fortement investi dans la reconstruction des régions dévastées.
Avant d’être un architecte de la Reconstruction, Charles Letrosne est un homme investi au service de la population en ces temps de guerre. Dès 1914, avec sa femme Geneviève et son fils Daniel, il s’engage comme infirmier bénévole à l’hôpital de Biarritz. Il est contraint d’interrompre son bénévolat en 1917 après avoir déclaré une maladie pulmonaire. Dès la fin de la guerre, en 1919, Letrosne fait ouvrir cinq agences d’architecture, en collaboration avec d’autres architectes, chacune implantée dans une région dévastée, dont l’Oise. Il installe une agence à Noyon, située au 12 de la rue Saint-Pierre. Les architectes œuvrent dans les communes du Noyonnais ravagées par la guerre, et parmi elles, Béhéricourt et Salency. Letrosne et ses collaborateurs proposent des plans pour la reconstruction de la mairie-école de Béhéricourt (1922) et pour plusieurs monuments de Salency : la mairie-école (1925), la chapelle Saint-Médard (1927), l’église paroissiale et enfin l’ancien cimetière (1927). Pour chacune de ces constructions, Charles Letrosne attache une importance particulière à l’utilisation de matériaux locaux, mettant ainsi en évidence l’identité territoriale. Ces chantiers de la Reconstruction font écho à ses travaux théoriques sur l’architecture régionaliste présentés dans ses ouvrages Murs et toits pour les pays de chez nous.
De confession protestante, Charles Letrosne œuvre à l’édification de trois temples, à Gérardmer, Levallois et Reims ainsi qu’à des foyers de jeunes à Paris, Levallois et Reims. Le temple de Gérardmer, élevé en 1910 et inauguré en 1911, présente la caractéristique d’une entrée latérale par un porche surmonté d’une haute tourclocher jouxtant l’espace cultuel rectangulaire. À l’extérieur, un effet bicolore est induit par une alternance de lits de pierre et de brique ; le toit à quatre pentes est couvert d’ardoise. En 1911-1912, il édifie le temple de LevalloisPerret, dont la silhouette originale se distingue par de hauts toits pentus à pans de hauteurs variées semblant être une signature visuelle de l’architecte. Comme dans d’autres de ses réalisations, le soubassement en pierre meulière (matériau local), surmonté d’un bandeau de briques rouges, puis de murs en béton animent la façade aux ouvertures néo-gothiques. Le plan global est quadrangulaire, mais l’espace cultuel en croix latine, la sacristie et les salles annexes en occupant les angles. La charpente intérieure est apparente, des bandeaux peints colorés par Victor Menu soulignent l’architecture. La reconstruction du temple de Reims en 1921-23 dénote une influence américaine dans l’ajout d’un cloître-mémorial bordé d’arcades abritant les plaques mémorielles et, au centre, la croix de l’ancien clocher. L’espace cultuel est en croix latine, l’entrée latérale se fait par le clocher dont l’élévation figure, encore plus imposante, sur un avant-projet. Dans chacun de ses bâtiments, Letrosne est particulièrement attentif aux détails décoratifs, peintures murales, ferronneries, pavements. Il bouscule la tradition réformée par l’introduction de vitraux figuratifs à l’instar des vitraux du temple de Levallois évoquant la Jérusalem céleste et, à Reims les Réformateurs, parmi lesquels Jean Calvin.
Initialement, le parc zoologique du Bois de Vincennes, appelé plus couramment le Zoo de Vincennes, est fondé entre 1932 et 1936 par Paul Lemoine alors directeur du Muséum National d’Histoire Naturelle. Ce dernier fait appel à Charles Letrosne pour la réalisation des plans de l’ensemble et le zoo est inauguré en juin 1934. Sur ce projet, l’architecte parisien ne travaille pas seul puisqu’il collabore avec son fils aîné Daniel, devenu architecte comme lui. Ensemble, ils conçoivent un zoo sur le modèle de celui de Hambourg, novateur à l’époque dans sa façon de présenter les animaux : ils vivent hors des cages et dans un milieu artificiel rappelant leur environnement naturel. Ainsi, Charles Letrosne conçoit des espaces avec des banquises, des rochers, de la savane, le tout en béton armé mais dont les couleurs font écho aux milieux naturels. À ce titre, le Grand rocher des singes, encore emblématique aujourd’hui du zoo, témoigne véritablement de l’empreinte de Charles Letrosne. En effet, d’abord imaginé pour les animaux alpins, ce Grand rocher s’élève à plus de 65 m de haut, surplombant ainsi l’ensemble de la zone. Fait en béton armé et imaginé avec deux grands réservoirs d’eau, ce rocher contient aussi une installation innovante : un ascenseur caché au centre de la structure permettant de monter à son sommet. Enfin, de façon tout à fait inédite, une maquette de ce Grand rocher est encore conservée par la famille Letrosne et a été présentée lors de l’exposition Charles Letrosne, architecte de la Reconstruction au musée Jean Calvin en 2020.
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