Opération Chirurgicale en janvier 1797
Suite et fin !
Jean LAZARDEUX, menuisier, âgé de 29 ans, éprouva six mois avant d’entrer à l’hôpital de la Charité, une légère douleur au jarret gauche, et peu de temps après il s’aperçut dans ce même lieu ; d’une petite tumeur qui ne l’empêchait pas de continuer son état.
La cuisse et la jambe furent placées sur un coussin de balles d’avoine, dans un état de demi-flexion, et entourées de sachets remplis de sable fin et chaud. Une potion calmante fut administrée, par cuillerées, d’heure en heure, et le malade fut mis à l’usage d’une boisson délayante.
Le reste du jour et la nuit furent calmes, quoiqu’il y eu un peu de fièvre. La chaleur du membre opéré était un peu au-dessus de la température du reste du corps. Le deuxième jour, le malade se plaignit dans la nuit d’une douleur de tête assez vive, et de douleurs à la jambe et au pied.
Le troisième jour, la bande et les compresses furent renouvelées ; la douleur de tête fut moindre, ainsi que celle du membre opéré.
Le quatrième jour, il y eut de la fièvre ; une phlyctène parut sur l’articulation du premier os du métatarse avec le gros orteil ; elle fut ouverte et découvrit une escarre gangréneuse. L’appareil ne parut pas assez humecté pour exiger d’être changé. Dans la matinée, il survint une légère hémorragie qui s’arrêtai d’elle-même, mais qui se renouvela une heure après ; le malade perdit environ une demi-palette de sang. Je levais l’appareil, ce qui ne fut pas sans douleur ; mais la plaie étant découverte, le sang ne parut pas. Pour m’assurer de quel coté de l’artère il s’était écoulé, je présentai l’extrémité d’un petit stylet recourbé au bout supérieur et au bout inférieur du vaisseau lié ; il pénétra dans le bout inférieur , ce qui prouva que la ligature de ce coté était celle qui s’était relâchée ; je serrai la ligature d’attente, et je procédai au pansement . L’inquiétude et la douleur tourmentèrent le malade une partie de la journée.
Le cinquième jour, la cuise et la jambe étaient engorgées, et parsemées de taches livides, ce qui pouvait être attribué à la forte compression qu’on avait été obligé de pratiquer la veille sur l’artère crurale pour arrêter l’hémorragie : et en effet ces symptômes ne tardèrent pas à se dissiper.
Le sixième jour, il survint une nouvelle hémorragie causée par le relâchement de la ligature supérieure ; une de celles d’attente fut serrée avec le presse-artère de M. Deschamps, garni convenablement d’agaric. L’escarre de l’articulation du gros orteil parut bornée aux téguments ; il en vint une seconde derrière la malléole externe.
Le septième et huitième jours, le malade était bien ; mais quelques propos indiscrets tenus en sa présence par un élève, lui causèrent beaucoup d’inquiétude.
Le neuvième jour, l’appareil fut complémentent renouvelé ; la suppuration commençait à s’établir.
Le onzième jour, les deux ligatures inférieures se détachèrent ; le malade était sans fièvre, et la suppuration assez abondante. Le jour suivant la ligature assujettie par le presse-artère se sépara.
Le quinzième jour, toutes les autres ligatures tombèrent. Les jours suivants, la suppuration continua à être fort abondante. La plaie fut pansée arec de la charpie sèche, et les escarres du pied avec un plumasseau chargé d’un digestif simple. Le malade se plaignit pendant quelque temps de douleur au talon
Environ deux mois après l’opération, il survint à la partie inférieure interne de la cuisse, un engorgement douloureux sur lequel on appliqua longtemps des cataplasmes émollients, puis un emplâtre de diachylon gommé que l’on renouvelait tous les dix jours, sans qu’il parut aucun signe de suppuration ni de résolution. Cette tumeur dure et douloureuse obligeant le malade à tenir la jambe plus ou moins fléchie, il en résultait une saillie des muscles biceps fémoral et demi-membraneux, ce qui donnait lieu au séjour pus dans l’intervalle profond qui les sépare ; la quantité du pus qui y séjournait, était toujours relative au degré de flexion dans lequel la douleur avait forcé le malade de tenir le membre.
Le soixantième jour, l’escarre qui s’était formée sur l’articulation du gros orteil, et qui paraissait bornée aux téguments, s’étant détachée, découvrit l’intérieur de l’articulation, et laissa voir les surfaces articulaires à nu ; en pressant la phalange du gros orteil contre la tête du premier os du métatarse, on exprimait une humeur visqueuse qui me parut être de la synovie ; le gros orteil qui était entrainé vers la plante du pied, fut soutenu par une petite attelle et une bandelette. L’ouverture de l’articulation fut fermée au bout d’un mois ; mais l’ulcère ne fut cicatrisé que très longtemps après.
Pendant six ou sept mois, la plaie résultante de l’opération diminua par l’affaissement de la peau, et la cicatrice fit de grands progrès ; cependant la suppuration se maintenait et paraissait beaucoup plus abondante que ne le comportait l’étendue de la plaie.
Vers le milieu du mois de juillet, la tumeur de la partie interne et inférieure de la cuisse commença à se ramollir et devint plus douloureuse ; le 30 du même mois la suppuration n’était plus équivoque ; le pus s’était déjà fait une issue par la plaie, mais il s’échappait difficilement ; je fis une incision de deux pouces sur le centre de cet abcès, d’où il sortit beaucoup de matière purulente. Cette ouverture fut pansée simplement, et le dégorgement fut opéré en peu de temps.
Le 10 aout , en pressant la partie inférieure de la cuisse aux environs de la plaie, il en sortie avec le pus un morceau d’agaric qui, employé à garnir le presse-artère lors de la seconde hémorragie, s’était égaré et avait échappé aux recherches faites pour découvrir la cause d’une suppuration aussi longue et abondante. Dès ce moment les douleurs cessèrent, et la suppuration diminua ; la plaie de la partie interne de la cuisse fut cicatrisée le 12 septembre ; celle du jarret ne le fut dans les premiers jours d’octobre. A cette époque le malade marchait avec des béquilles ; il étendait la jambe avec facilité, et ce membre ne tarde pas à recouvrer sa force naturelle.

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