Le Roman d'une Vie

Le Roman d'une Vie Partie 2
NAISSANCE…et SOUFFRANCE

PARRAIN ET MARRAINE
Le choix des personnes obéit à de multiples considérations sociales, familiales et juridiques. Généralement, les grands-parents, oncles et tantes, cousins germains, puis pour les cadets, les frères et sœurs aînés.
L’Eglise a soin de contrôler l’éventail du choix du prénom. Seuls sont admis les noms des saints inscrits au martyrologue ou au calendrier. La plupart des prénoms sont souvent donnés indifféremment à un garçon ou à une fille (beaucoup de garçons s’appellent Marie). Ce qui importe avant tout est le saint que l’on veut donner comme protecteur à l’enfant. Le prénom n’est en réalité guerre choisi en fonction de la mode. Il est en principe donné par les parrains et marraines, qui lui donnent le leur dans les trois quarts des cas.
Les parrain ou marraine de nos ancêtres ont donné pour la plupart leur prénom. Quelques uns d’entre eux sont les grands-parents de l’enfant, mais beaucoup sont des parents plus éloignés comme oncle et tante, cousins, ou amis selon les époques.
Au Moyen Age, l’enfant avait plusieurs parrains et marraines.
Cet usage a continué jusque dans les premières décennies du XVIIe siècle. Sous l’Ancien Régime, le baptême est un document que tout homme devra présenter. Il y a le prénom, nom, date, paroisse d’origine.
Le prénom ou nom de baptême jusqu’au XVIIe siècle prend parfois plus d’importance que le nom de famille.
Le prénom est un héritage : celui d’un parent, du parrain ou de la marraine, celui du saint auquel on confie l’enfant ou encore le prénom de l’enfant précédemment décédé en bas âge.
Le baptême permet d’honorer les membres de la famille : d’abord les grands-parents pour les premiers enfants. Conséquence : les cousins germains, aînés de famille, portent souvent le même prénom, celui du grand-père commun.
Le choix des parrains et marraines relève d’une véritable stratégie. Dans les milieux ruraux, on s’en tient à la coutume d’élire d’abord un parent, mais obtenir qu’un haut personnage soit le parrain de l’enfant, rehausse le prestige et honore la maison, tout en assurant l’avenir du filleul.
Quelques prénoms de nos ancêtres :
Adélaïde Aglaé Aimable Auber Barbe Benoni Flore Florentin Guillemette Izabeau Léocadie Narcisse Octavie Olive Onésime Prosper Pulchérie Sénateur Tranquille
NAISSANCE ILLEGITIME
Sous l’Ancien Régime, un édit d’Henri II de février 1556 (édit répété au XVIIe siècle) oblige les filles non mariées ou veuves à déclarer leur grossesse au lieutenant civil du bailliage ou au commissaire de police, sous peine de pendaison. On ne badinait pas avec les risques d’avortement ou d’infanticide. Dans ces déclarations de grossesse, on apprend le nom de la fille, son âge, son origine géographique, son métier et... l’identité du séducteur et les circonstances de leur rencontre. Mais attention, il se peut que le père, notable, ait soudoyé un quidam pour endosser la grossesse.
La peine de mort est loin d’avoir été appliquée avec rigueur. La fustigation et le bannissement ont été à Paris les peines les plus souvent prononcées.
Nous avons quelques filles mères mais malheureusement nous ne connaissons pas le père biologique de leur enfant, même quand il existe une déclaration de grossesse.
La sage-femme conduite elle-même le nouveau-né au curé pour le faire baptiser et à la mairie pour le déclarer. Le curé ne s’y trompe pas et fait tout de suite la différence entre un enfant de l’amour et celui amené par le père, enfant de l’hymen !
A la fin du XVIIIe siècle, l’illégitimité est sévèrement contrôlée.
Au Moyen-Âge les bâtards vivaient dans leur famille et l’avenir ne leur était pas fermé.
Avec la Réforme protestante puis la Contre-réforme catholique les autorités ecclésiastiques accroissent leurs exigences de chasteté pour les prêtres; mêmes les relations prénuptiales deviennent cause d’excommunication.
A partir du XVIIe siècle, l’enfant illégitime accumule toutes les tares. Les coutumes juridiques ne lui donnent plus aucun pouvoir. Le sort des mères illégitimes devient alors intolérable.
La mère célibataire typique : rurale, analphabète, jeune (47 % ont moins de 25 ans), orpheline (70 %), domestique, bernée par un homme qui lui a promis le mariage.
Graves pour toutes, les maternités honteuses n’entraînaient pas partout les mêmes conséquences.
La société condamnait la contraception et l’avortement, d’où diminution des infanticides et augmentation des enfants abandonnés, surtout en ville. Mais bien des paysannes enceintes gagnaient la ville, si elles ne l’avaient pas fait avant pour travailler comme domestique, afin d’accoucher dans la clandestinité et abandonner le nourrisson à un hôpital équipé pour recueillir les enfants trouvés et retourner dans son village, tout honneur perdu.
Au XVII et XVIIIe siècle, le nombre de conceptions le plus élevé se situait en mai et juin, puis novembre, décembre et janvier ;
Le nombre de conceptions le moins élevé se trouvait à la fin de l’été et à la fin de l’hiver.
Les causes sont simples : le climat et le calendrier des travaux agricoles.
CONTRACEPTION
La contraception au XVIIe siècle est condamnée par l’Eglise comme homicide et au XVIIIe siècle comme violation des lois du mariage. Les paysans bas-normands dès le début du XVIIIe siècle, scandalisent leurs confesseurs par leurs pratiques anticonceptionnelles. Les femmes qui ne voulaient pas être enceintes portaient de lourdes charges, le contraire des indications données pour préserver la grossesse. Les pratiques étaient obscures. L’usage de drogues, onguents, breuvages réputés astringents ou restringents, de plantes… était considéré comme pêché mortel.
Le coït interrompu appelé étreinte réservée par l’Eglise est un pêché mortel.
Au XVIIIe siècle, le mariage tardif a les mêmes effets : plus une femme se marie tard, moins elle a d’enfants.
AVORTEMENT
La femme accusée d’infanticide est punie de mort. Le procès d’une avorteuse – La Constantin – se termine par la pendaison en 1660 à Paris.
Des sages-femmes essayaient de soutirer les secrets des "faiseuses d’anges". En campagne, les avortements laissent peu de trace. Il y a toujours des fausses couches naturelles dues à un trop dur travail aux champs. Une femme qui mettait au monde cinq ou six enfants en avaient conçu près du double.
MOURIR
L’âge moyen était de 20 ans au XVIIIe siècle, 29,6 ans entre 1770-1790.
Espérance de vie est trompeuse car le taux de mortalité des enfants est très important.
En plus, de nombreuses épidémies ont décimé la population, ainsi que les carences alimentaires, les accidents, les conditions de travail, l’insalubrité, les guerres, les famines, l’impuissance de la médecine.
Mais la malnutrition et l’absence d’hygiène sont les principaux fléaux.
" La naissance est le premier pas vers la mort."
- la mortalité infantile
La moitié des enfants n’atteignaient pas l’âge adulte.
- entre 1740-1789, sur 1000 enfants nés, seuls 525 ont survécus.
Avant un an, la mortalité est de 280 % pour la seconde moitié du XVIIIè siècle.
- avec de grandes différences selon les régions :
- ex : 140 % à Pont en Bessin, en Normandie
- 258 % Bretagne-Anjou ( 1780-1789 )
- 512 % à Mouliherne
Les causes :
- tare héréditaire
- malformation congénitale
- lésion reçue au cours de l’accouchement
- maladies
- accidents
- tétanos ombilical dû au manque d’hygiène dans les hôtel-Dieu
Au XVIIIe siècle, les décès de moins d’un an représentaient 90,8 % des enfants envoyés en nourrice par l’hôtel-Dieu de Rouen.
Le baptême était rapide vu l’hécatombe ; c’était le salut éternel.
La réponse de l’Eglise était contradictoire :
- péché originel transmis à leur descendance
- aucun péché puisque vient de naître
D’autre part, le non baptême entraînait une exclusion sociale durement ressentie ; les enfants étaient inhumés hors de la terre sacrée du cimetière et donc loin de la tombe familiale.
D’où l’attention des curés à instruire les sages-femmes et matrones afin qu’elles sachent pratiquer l’ondoiement.
L’inquiétude des parents tournait à l’obsession quitte à faire courir des risques mortels à l’enfant que l’on portait parfois en plein hiver et à plusieurs kilomètres vers les fonts baptismaux.
La déclaration royale de 1698 poussait dans le même sens, c’est-à-dire baptême dans les vingt quatre heures.
la mortalité juvénile
entre 1 et 5 ans :
les causes sont :
- maladies bénignes aujourd’hui, mortelles avant
- variole, dysenterie
- insolation pendant que les parents travaillent aux champs
- dévorés par les animaux domestiques
- étouffé dans le lit des parents.
Pendant l’été et le début de l’automne, les germes et virus prolifèrent, ainsi que les intoxications alimentaires.
Seuls les plus robustes atteignaient l’âge adulte.
la mortalité adulte
Les hommes mouraient un peu plus que les femmes. Celles-ci mouraient entre 25 et 40 ans, l’âge des maternités et des couches.
La tuberculose faisait des ravages dans les campagnes, ainsi que la rage, la phtisie et les accidents du travail.
La cause de la mort est rarement précisée dans les actes.
Quant à ceux qui mouraient de "vieillesse", entre 50 et 80 ans, ils étaient relativement rares.
Il existe des crises de mortalité extraordinaires :
- épidémies "pure" : la peste
- affaiblissement de l’organisme qui prépare le terrain à l’épidémie
- mourir de faim (ex ; crise 1693-1694)
- guerres
La peste disparut peu à peu du XVIIIe siècle pour être remplacée par le choléra du XIXe siècle.
La disparition des épidémies et la diminution de la mortalité infantiles ( baisse du tiers entre 1760-1790 ) augmenta la vie de 10 ans en moyenne dans le courant du XVIIIe.
Le XIXe siècle vit l’espérance de vie moyenne à 36,4 ans ; le département normand et les zones de montagnes ont les taux les plus élevés grâce à la polyculture et à l’élevage.
L’ordonnance royale de 1776 de Louis XVI interdit pour des raisons sanitaires d’ensevelir dans les églises et imposa l’usage exclusif des cimetières.
La terre bénite se situait autour de l’église ; les paroissiens y venaient chaque dimanche. C’était un lieu familier et accueillant où les habitants y faisaient sécher le grain, la paille ou le linge.
L’Eglise s’éleva contre cette familiarité avec les morts. A terme, ces deux espaces - cimetière et église - finirent au XXe siècle par être rendus sacrés ... et totalement déserts.
De la naissance à la mort, les paysans étaient fortement encadrés par l’Eglise.
Pour chaque cas le serment était adapté : baptême, mariage, extrême-onction.
En 1539, l’Etat oblige l’enregistrement des baptêmes et sépultures.
En 1579, il oblige l’enregistrement des mariages.
Il fallut des décennies pour que les curés s’y tiennent.
Cela vaut les plus belles séries d’état civil qui font la joie des généalogistes et qui permettent l’étude de l’ancienne société.



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