Le Roman d'une Vie

Le Roman d'une Vie Partie 1
NAISSANCE…et SOUFFRANCE
 
En général, le premier enfant survenait moins de deux ans après le mariage ; puis tous les deux ans ensuite. Il fallait transmettre le nom, la terre, la ferme. La mortalité infantile était si importante que sur les huit ou dix enfants en moyenne d’un couple, seuls trois ou quatre survivaient. Beaucoup d’enfants naissaient déjà morts, et dans ces cas, les crochets de la matrone n’y étaient pas étrangers. Vers 1610, un médecin normand n’évaluait-il pas à près de 500 le nombre de leurs victimes annuelles à Rouen ?
L’insalubrité du logis entraînait la mort du nourrisson, rendant la mère plus rapidement féconde et la libérant de l’allaitement.
La vie de travail à la maison et aux champs ne s’arrêtait pas pour autant, d’où des avortements spontanés et fausses couches. Au XVIIème et XVIIIème siècle, il existe des saisons propices aux naissances : pendant les périodes d’interdit comme carême et avant, nos ancêtres ne se marient pas et ne font pas l’amour. La majorité des conceptions se fait entre avril et juin, d’où une large majorité des naissances et de baptêmes entre décembre et mars. En plein hiver !
Les causes en sont simples : le climat et le calendrier des travaux agricoles. Après l’accouchement, très vite les femmes de la campagne se relèvent; parfois dès le lendemain de l’accouchement. L’enfant fait son entrée dans la vie et commence déjà à souffrir. La sage-femme dans bien des régions (Languedoc, Poitou, Normandie) n’hésite pas à remodeler le visage encore malléable du nouveau-né si elle estime qu’elle peut mieux faire ! Cette pratique dure jusqu’au Second Empire.
Le bébé est lavé avec un peu de beurre frais fondu ou de l’eau chaude additionnée d’eau-de-vie. Il est ensuite emmailloté, autre façon de lui raffermir le corps ! La sage-femme reçoit quelques piécettes en ville et quelques œufs ou une volaille à la campagne pour toute rémunération.
On se soucie fort peu du jour de la naissance que l’on oublie bien vite ; tant d’enfants ne parviennent pas à l’âge adulte ! A son mariage ou à sa mort, le curé notera dans son registre "âgé d’environ tel âge ".
BAPTÊME
Son symbole est l’habit blanc. L’Eglise se soucie plus du sort éternel du mort-né que de la santé de la mère. La loi de l’Eglise recommandait l’enregistrement par écrit du baptême par le curé et celle de l’Etat le rendit obligatoire par l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539. On prend soin de ne donner de prénom au bébé qui vient de naître, car cela porterait malheur. L’Eglise lutte des siècles durant pour que le baptême des bébés soit administré dans les trois jours suivant la naissance (concile de Trente). Dès le XVIè siècle, cela est définitivement fait, le nouveau-né est donc baptisé presque toujours le jour qui suit la naissance et au plus tard le surlendemain.
La communauté protestante (8 % de la population nationale) rompit avec cette hâte à baptiser. Certaines régions fortement marquées comme la Normandie, le Dauphiné, les Cévennes,... Les huguenots baptisaient le dimanche suivant la naissance, jour du rassemblement pour le culte. Tous nos ancêtres sont baptisés. Le baptême se fait la plupart du temps le lendemain ou s’il y a " péril de mort ", le jour même par la sage-femme.
Il faut parcourir plusieurs kilomètres à pied pour se rendre à l’église de la paroisse ; pluie, vent, neige, gelée exposent le nourrisson à de nouveaux dangers. Dans le Petit Caux, un enfant portait un pot rempli d’eau pour administrer le baptême d’urgence. Ce qui semble le plus émouvoir, c’est que les enfants meurent sans avoir pu recevoir le baptême. Pour cette raison, la seule compétence professionnelle exigée de la matrone est de savoir "ondoyer" un nouveau-né ("en cas de péril de mort") c’est-à-dire en prononçant les paroles saintes à la place du curé.
Si l’enfant survit, il est ensuite baptisé selon les règles ; le curé du village aura soin de le transcrire dans ses registres La sage-femme ou voisine porte l’enfant, le parrain et marraine, le père assistent au baptême; jamais la mère qui ne n’est pas encore "relevée". Une cérémonie spéciale, "les relevailles" était prévue pour elle à l’église quelques jours plus tard.
L’acte de baptême est rédigé en double exemplaire. Les témoins sachant signer y apposent leur signature ou font une croix. Le parrain et la marraine étaient le plus souvent choisis dans la famille, assez souvent les grands-parents et dans les trois quarts des cas, transmettaient leurs prénoms. Les enquêtes sur les prénoms ont montré qu’en milieu catholique et mis à part les spécificités régionales, les prénoms les plus utilisés sont :
1- Jean Marie
2- Pierre Anne
3- Jacques Catherine
4- François Marguerite
Prénoms les plus utilisés côté filles …
164 Marie
77 Anne (et 75 Marie Anne)
69 Catherine (ex-aequo avec Marguerite)
31 Françoise (ex-aequo avec Suzanne)
28 Jeanne
23 Marie Marguerite (ex-aequo avec Marie Catherine)
22 Geneviève
18 Marie Rose
… et côté garçons :
134 Jean
115 Pierre
81 Nicolas




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