Des Bonnes manières
Des Bonnes manières : Partie 2
En quelques chapitres, ERASME prodigue ses conseils sur les attitudes décentes ou indécentes du visage et du corps, sur la propreté et la tenue des vêtements, sur les fonctions naturelles, sur la tenue à table et sur le coucher.
De ces règles de civilité de l’époque Renaissance, certaines paraissent s’adresser à des barbares, tant les mœurs ont changé; d’autres ont gardé toute leur actualité car elles traduisent des observations de tous les temps. Enfin, pour le reste, on les croirait écrites pour les adolescents du troisième millénaire.
La propreté
« Il faut avoir soin de se tenir les dents propres; les blanchir à l’aide de poudre est tout à fait efféminé; les frotter de sel ou d’alun est nuisible aux gencives. Les laver avec de l’urine est une mode espagnole. »
S’il reste quelque chose entre les dents, il ne faut pas l’enlever avec la pointe d’un couteau, ni avec les ongles comme font les chiens et les chats, ni à l’aide d’une serviette; sers-toi d’un brin de lentisque, d’une plume ou de ces petits os que l’on retire de la patte des coqs. »
« Se laver le visage le matin dans l’eau fraîche est aussi propre que salubre; le faire plus souvent est souvent inutile. »
« C’est négligence que de ne pas se peigner, mais s’il faut être propre, il ne faut pas s’attifer comme une fille. Prends garde d’avoir des poux et des lentes, c’est dégoûtant. »
« S’éplucher continuellement la tête devant quelqu’un n’est guère convenable. »
Les vêtements
« Le vêtement est en quelque sorte le corps du corps et il donne une idée des dispositions de l’esprit. On ne peut l’assujettir à des règles fixes, tout le monde n’a pas la même richesse, même rang. Ce qui est convenable ou non diffère selon les pays, enfin les goûts n’ont pas toujours été les mêmes dans tous les temps. »
Dans toute cette diversité, il y a cependant ce qui est convenable en soi et ce qui ne l’est pas.
ERASME rit « des femmes qui traînent de longues queues de robe » et plus encore « des hommes qui les imitent » et s’interroge « cela sied-il aux cardinaux et aux évêques ? »
A quoi bon utiliser « de légers tissus de soie... on est obligé de les doubler d’un autre vêtement pour cacher ce qui serait impudiquement découvert ».
Est indécent « l’habit trop court pour cacher, si l’on se baisse, ce que l’on doit honnêtement cacher ».
« Déchirer ses vêtements est le fait d’un fou. »
« Porter des habits bariolés, c’est vouloir ressembler aux singes. » Et il conclut : « Un peu de négligence dans l’ajustement ne messied pas à la jeunesse, mais il ne faut pas pousser cela jusqu’à la malpropreté. »
Après le maintien, ERASME conseille sur la conduite à tenir dans l’exercice des fonctions naturelles. Certaines de ces fonctions, dont le mécanisme est mal connu, sont objets de tabous. Toutefois, on constate que les mœurs ont bien évolué, ce qui paraissait déjà dégoûtant mais habituel à ERASME, nous écœure encore plus aujourd’hui!
Les fonctions naturelles
Se moucher
Les narines doivent être libres, « avoir la morve au nez, c’est le fait d’un homme malpropre ». « Se moucher avec son bonnet ou avec un pan de son habit, est d’un paysan; se moucher sur le bras ou sur le coude, d’un marchand de salaisons. Il n’est pas beaucoup plus propre de se moucher dans sa main pour l’essuyer ensuite sur ses vêtements. Il est plus décent de se servir d’un mouchoir, en se détournant s’il y a là quelque personne honorable. Si l’on se mouche avec deux doigts et qu’il tombe de la morve par terre, il faut poser le pied dessus. »
Au XVIe siècle, le petit peuple se mouche sans mouchoir. Il est admis que la bourgeoisie se mouche dans sa manche. Quant aux gens riches de la cour, ils portent dans la poche un mouchoir, d’où l’expression, pour désigner un homme qui a de la fortune « Il ne se mouche pas de la manche ».
L’usage du mouchoir s’impose d’abord en Italie, où il revêt un caractère de prestige. En 1594, HENRI IV possède huit chemises et cinq mouchoirs. Dans l’inventaire de succession d’ERASME, on trouve le nombre relativement important de trente-neuf mouchoirs. C’est sous le règne de LOUIS XIV que se développe l’usage du mouchoir, du moins à la cour et dans la bourgeoisie.
Éternuer
« S’il t’arrive d’éternuer en présence de quelqu’un, il est honnête de se détourner un peu; quand l’accès est passé, il faut faire le signe de la croix et... s’excuser ou remercier. C’est chose religieuse de saluer celui qui éternue. »
Les choses n’ont pas beaucoup évolué. Le signe de croix a disparu, remplacé par la formule « A vos souhaits », le remerciement est resté.
ERASME poursuit : « Il n’appartient qu’aux sots d’éternuer bruyamment et de recommencer à plaisir pour faire parade de leur vigueur. Réprimer un accès naturel est le fait des ces niais qui font passer la politesse avant la santé. »
Bâiller
« Si le bâillement te prend et que tu ne puisses ni te détourner ni te retenir, couvre-toi la bouche de ton mouchoir ou avec la paume de la main, puis fais le signe de croix. »
Cracher
« Détourne-toi pour cracher de peur d’arroser et de salir quelqu’un. S’il tombe à terre quelque crachat épais, pose le pied dessus comme j’ai dit plus haut. Il ne faut faire lever le cœur à personne. Le mieux est de cracher dans son mouchoir. »
Au Moyen Age, cracher est non seulement une coutume, mais aussi un besoin naturel et, comme tout besoin naturel entouré de tabous, on n’avale pas toute sa salive. Les seules restrictions que s’imposent les chevaliers courtois, sont de ne cracher ni sur la table ni par-dessus la table, mais uniquement sous la table.
ERASME préconise l’usage d’un mouchoir pour dissimuler un geste qui devient pénible à voir. Est-il utile de rappeler que ce n’est qu’au début du XXe siècle que les crachoirs disparaissent des salons et des lieux publics. Cette habitude de cracher à tout instant perdure encore dans certains pays.

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