Le Roman d'une vie
NAISSANCE…et SOUFFRANCE
En général, le premier enfant survenait moins de deux ans après le mariage ; puis tous les deux ans ensuite. Il fallait transmettre le nom, la terre, la ferme.
La mortalité infantile était si importante que sur les huit ou dix enfants en moyenne d’un couple, seuls trois ou quatre survivaient. Beaucoup d’enfants naissaient déjà morts, et dans ces cas, les crochets de la matrone n’y étaient pas étrangers. Vers 1610, un médecin normand n’évaluait-il pas à près de 500 le nombre de leurs victimes annuelles à Rouen ?
L’insalubrité du logis entraînait la mort du nourrisson, rendant la mère plus rapidement féconde et la libérant de l’allaitement.
La vie de travail à la maison et aux champs ne s’arrêtait pas pour autant, d’où des avortements spontanés et fausses couches.
Au XVIIème et XVIIIème siècle, il existe des saisons propices aux naissances : pendant les périodes d’interdit comme carême et avant, nos ancêtres ne se marient pas et ne font pas l’amour. La majorité des conceptions se fait entre avril et juin, d’où une large majorité des naissances et de baptêmes entre décembre et mars. En plein hiver !
Les causes en sont simples : le climat et le calendrier des travaux agricoles.
Après l’accouchement, très vite les femmes de la campagne se relèvent; parfois dès le lendemain de l’accouchement.
L’enfant fait son entrée dans la vie et commence déjà à souffrir. La sage-femme dans bien des régions (Languedoc, Poitou, Normandie) n’hésite pas à remodeler le visage encore malléable du nouveau-né si elle estime qu’elle peut mieux faire ! Cette pratique dure jusqu’au Second Empire.
Le bébé est lavé avec un peu de beurre frais fondu ou de l’eau chaude additionnée d’eau-de-vie. Il est ensuite emmailloté, autre façon de lui raffermir le corps !
La sage-femme reçoit quelques piécettes en ville et quelques œufs ou une volaille à la campagne pour toute rémunération.
On se soucie fort peu du jour de la naissance que l’on oublie bien vite ; tant d’enfants ne parviennent pas à l’âge adulte ! A son mariage ou à sa mort, le curé notera dans son registre "âgé d’environ tel âge ".
BAPTÊME
Son symbole est l’habit blanc.
L’Eglise se soucie plus du sort éternel du mort-né que de la santé de la mère.
La loi de l’Eglise recommandait l’enregistrement par écrit du baptême par le curé et celle de l’Etat le rendit obligatoire par l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539. On prend soin de ne donner de prénom au bébé qui vient de naître, car cela porterait malheur. L’Eglise lutte des siècles durant pour que le baptême des bébés soit administré dans les trois jours suivant la naissance (concile de Trente). Dès le XVIè siècle, cela est définitivement fait, le nouveau-né est donc baptisé presque toujours le jour qui suit la naissance et au plus tard le surlendemain.
La communauté protestante (8 % de la population nationale) rompit avec cette hâte à baptiser. Certaines régions fortement marquées comme la Normandie, le Dauphiné, les Cévennes,...
Les huguenots baptisaient le dimanche suivant la naissance, jour du rassemblement pour le culte.
Tous nos ancêtres sont baptisés. Le baptême se fait la plupart du temps le lendemain ou s’il y a " péril de mort ", le jour même par la sage-femme.
Il faut parcourir plusieurs kilomètres à pied pour se rendre à l’église de la paroisse ; pluie, vent, neige, gelée exposent le nourrisson à de nouveaux dangers. Dans le Petit Caux, un enfant portait un pot rempli d’eau pour administrer le baptême d’urgence. Ce qui semble le plus émouvoir, c’est que les enfants meurent sans avoir pu recevoir le baptême. Pour cette raison, la seule compétence professionnelle exigée de la matrone est de savoir "ondoyer" un nouveau-né ("en cas de péril de mort") c’est-à-dire en prononçant les paroles saintes à la place du curé.
Si l’enfant survit, il est ensuite baptisé selon les règles ; le curé du village aura soin de le transcrire dans ses registres
La sage-femme ou voisine porte l’enfant, le parrain et marraine, le père assistent au baptême; jamais la mère qui ne n’est pas encore "relevée". Une cérémonie spéciale, "les relevailles" était prévue pour elle à l’église quelques jours plus tard.
L’acte de baptême est rédigé en double exemplaire. Les témoins sachant signer y apposent leur signature ou font une croix.
Le parrain et la marraine étaient le plus souvent choisis dans la famille, assez souvent les grands-parents et dans les trois quarts des cas, transmettaient leurs prénoms.
Les enquêtes sur les prénoms ont montré qu’en milieu catholique et mis à part les spécificités régionales, les prénoms les plus utilisés sont :
1- Jean Marie
2- Pierre Anne3- Jacques Catherine
4- François Marguerite
Prénoms les plus utilisés côté filles …
164 Marie
77 Anne (et 75 Marie Anne)
69 Catherine (ex-aequo avec Marguerite)
31 Françoise (ex-aequo avec Suzanne)
28 Jeanne
23 Marie Marguerite (ex-aequo avec Marie Catherine)
22 Geneviève
18 Marie Rose
… et côté garçons :
134 Jean
115 Pierre
81 Nicolas
PARRAIN ET MARRAINE
Le choix des personnes obéit à de multiples considérations sociales, familiales et juridiques. Généralement, les grands-parents, oncles et tantes, cousins germains, puis pour les cadets, les frères et sœurs aînés.
L’Eglise a soin de contrôler l’éventail du choix du prénom. Seuls sont admis les noms des saints inscrits au martyrologue ou au calendrier. La plupart des prénoms sont souvent donnés indifféremment à un garçon ou à une fille (beaucoup de garçons s’appellent Marie). Ce qui importe avant tout est le saint que l’on veut donner comme protecteur à l’enfant. Le prénom n’est en réalité guerre choisi en fonction de la mode. Il est en principe donné par les parrains et marraines, qui lui donnent le leur dans les trois quarts des cas.
Les parrain ou marraine de nos ancêtres ont donné pour la plupart leur prénom. Quelques uns d’entre eux sont les grands-parents de l’enfant, mais beaucoup sont des parents plus éloignés comme oncle et tante, cousins, ou amis selon les époques.
Au Moyen Age, l’enfant avait plusieurs parrains et marraines.
Cet usage a continué jusque dans les premières décennies du XVIIe siècle. Sous l’Ancien Régime, le baptême est un document que tout homme devra présenter. Il y a le prénom, nom, date, paroisse d’origine.
Le prénom ou nom de baptême jusqu’au XVIIe siècle prend parfois plus d’importance que le nom de famille.
Le prénom est un héritage : celui d’un parent, du parrain ou de la marraine, celui du saint auquel on confie l’enfant ou encore le prénom de l’enfant précédemment décédé en bas âge.
Le baptême permet d’honorer les membres de la famille : d’abord les grands-parents pour les premiers enfants. Conséquence : les cousins germains, aînés de famille, portent souvent le même prénom, celui du grand-père commun.
Le choix des parrains et marraines relève d’une véritable stratégie. Dans les milieux ruraux, on s’en tient à la coutume d’élire d’abord un parent, mais obtenir qu’un haut personnage soit le parrain de l’enfant, rehausse le prestige et honore la maison, tout en assurant l’avenir du filleul.Quelques prénoms de nos ancêtres :
Adélaïde Aglaé Aimable Auber Barbe Benoni Flore Florentin Guillemette Izabeau Léocadie Narcisse Octavie Olive Onésime Prosper Pulchérie Sénateur Tranquille
NAISSANCE ILLEGITIME
Sous l’Ancien Régime, un édit d’Henri II de février 1556 (édit répété au XVIIe siècle) oblige les filles non mariées ou veuves à déclarer leur grossesse au lieutenant civil du bailliage ou au commissaire de police, sous peine de pendaison. On ne badinait pas avec les risques d’avortement ou d’infanticide. Dans ces déclarations de grossesse, on apprend le nom de la fille, son âge, son origine géographique, son métier et... l’identité du séducteur et les circonstances de leur rencontre. Mais attention, il se peut que le père, notable, ait soudoyé un quidam pour endosser la grossesse.
La peine de mort est loin d’avoir été appliquée avec rigueur. La fustigation et le bannissement ont été à Paris les peines les plus souvent prononcées.
Nous avons quelques filles mères mais malheureusement nous ne connaissons pas le père biologique de leur enfant, même quand il existe une déclaration de grossesse.
La sage-femme conduite elle-même le nouveau-né au curé pour le faire baptiser et à la mairie pour le déclarer. Le curé ne s’y trompe pas et fait tout de suite la différence entre un enfant de l’amour et celui amené par le père, enfant de l’hymen !
A la fin du XVIIIe siècle, l’illégitimité est sévèrement contrôlée.
Au Moyen-Âge les bâtards vivaient dans leur famille et l’avenir ne leur était pas fermé.
Avec la Réforme protestante puis la Contre-réforme catholique les autorités ecclésiastiques accroissent leurs exigences de chasteté pour les prêtres; mêmes les relations prénuptiales deviennent cause d’excommunication.
A partir du XVIIe siècle, l’enfant illégitime accumule toutes les tares. Les coutumes juridiques ne lui donnent plus aucun pouvoir. Le sort des mères illégitimes devient alors intolérable.
La mère célibataire typique : rurale, analphabète, jeune (47 % ont moins de 25 ans), orpheline (70 %), domestique, bernée par un homme qui lui a promis le mariage.
Graves pour toutes, les maternités honteuses n’entraînaient pas partout les mêmes conséquences.
La société condamnait la contraception et l’avortement, d’où diminution des infanticides et augmentation des enfants abandonnés, surtout en ville. Mais bien des paysannes enceintes gagnaient la ville, si elles ne l’avaient pas fait avant pour travailler comme domestique, afin d’accoucher dans la clandestinité et abandonner le nourrisson à un hôpital équipé pour recueillir les enfants trouvés et retourner dans son village, tout honneur perdu.
Au XVII et XVIIIe siècle, le nombre de conceptions le plus élevé se situait en mai et juin, puis novembre, décembre et janvier ;
Le nombre de conceptions le moins élevé se trouvait à la fin de l’été et à la fin de l’hiver.
Les causes sont simples : le climat et le calendrier des travaux agricoles.
CONTRACEPTION
Au XVIIIe siècle, le mariage tardif a les mêmes effets : plus une femme se marie tard, moins elle a d’enfants.
AVORTEMENT
MOURIR
L’âge moyen était de 20 ans au XVIIIe siècle, 29,6 ans entre 1770-1790.
Espérance de vie est trompeuse car le taux de mortalité des enfants est très important.
La contraception au XVIIe siècle est condamnée par l’Eglise comme homicide et au XVIIIe siècle comme violation des lois du mariage. Les paysans bas-normands dès le début du XVIIIe siècle, scandalisent leurs confesseurs par leurs pratiques anticonceptionnelles. Les femmes qui ne voulaient pas être enceintes portaient de lourdes charges, le contraire des indications données pour préserver la grossesse. Les pratiques étaient obscures. L’usage de drogues, onguents, breuvages réputés astringents ou restringents, de plantes… était considéré comme pêché mortel.
Le coït interrompu appelé étreinte réservée par l’Eglise est un pêché mortel.Au XVIIIe siècle, le mariage tardif a les mêmes effets : plus une femme se marie tard, moins elle a d’enfants.
AVORTEMENT
La femme accusée d’infanticide est punie de mort. Le procès d’une avorteuse – La Constantin – se termine par la pendaison en 1660 à Paris.
Des sages-femmes essayaient de soutirer les secrets des "faiseuses d’anges". En campagne, les avortements laissent peu de trace. Il y a toujours des fausses couches naturelles dues à un trop dur travail aux champs. Une femme qui mettait au monde cinq ou six enfants en avaient conçu près du double.
MOURIR
L’âge moyen était de 20 ans au XVIIIe siècle, 29,6 ans entre 1770-1790.
Espérance de vie est trompeuse car le taux de mortalité des enfants est très important.
En plus, de nombreuses épidémies ont décimé la population, ainsi que les carences alimentaires, les accidents, les conditions de travail, l’insalubrité, les guerres, les famines, l’impuissance de la médecine.
Mais la malnutrition et l’absence d’hygiène sont les principaux fléaux.
" La naissance est le premier pas vers la mort."
- la mortalité infantile
La moitié des enfants n’atteignaient pas l’âge adulte.
- entre 1740-1789, sur 1000 enfants nés, seuls 525 ont survécus.
Avant un an, la mortalité est de 280 % pour la seconde moitié du XVIIIè siècle.
- avec de grandes différences selon les régions :
- ex : 140 % à Pont en Bessin, en Normandie
- 258 % Bretagne-Anjou ( 1780-1789 )
- 512 % à Mouliherne
Les causes :
- tare héréditaire
- malformation congénitale
- lésion reçue au cours de l’accouchement
- maladies
- accidents
- tétanos ombilical dû au manque d’hygiène dans les hôtel-Dieu
Au XVIIIe siècle, les décès de moins d’un an représentaient 90,8 % des enfants envoyés en nourrice par l’hôtel-Dieu de Rouen.
Le baptême était rapide vu l’hécatombe ; c’était le salut éternel.
La réponse de l’Eglise était contradictoire :
- péché originel transmis à leur descendance
- aucun péché puisque vient de naître
D’autre part, le non baptême entraînait une exclusion sociale durement ressentie ; les enfants étaient inhumés hors de la terre sacrée du cimetière et donc loin de la tombe familiale.
D’où l’attention des curés à instruire les sages-femmes et matrones afin qu’elles sachent pratiquer l’ondoiement.
L’inquiétude des parents tournait à l’obsession quitte à faire courir des risques mortels à l’enfant que l’on portait parfois en plein hiver et à plusieurs kilomètres vers les fonts baptismaux.
La déclaration royale de 1698 poussait dans le même sens, c’est-à-dire baptême dans les vingt quatre heures.
la mortalité juvénile
entre 1 et 5 ans :
les causes sont :
- maladies bénignes aujourd’hui, mortelles avant
- variole, dysenterie
- insolation pendant que les parents travaillent aux champs
- dévorés par les animaux domestiques
- étouffé dans le lit des parents.
Mais la malnutrition et l’absence d’hygiène sont les principaux fléaux.
" La naissance est le premier pas vers la mort."
- la mortalité infantile
La moitié des enfants n’atteignaient pas l’âge adulte.
- entre 1740-1789, sur 1000 enfants nés, seuls 525 ont survécus.
Avant un an, la mortalité est de 280 % pour la seconde moitié du XVIIIè siècle.
- avec de grandes différences selon les régions :
- ex : 140 % à Pont en Bessin, en Normandie
- 258 % Bretagne-Anjou ( 1780-1789 )
- 512 % à Mouliherne
Les causes :
- tare héréditaire
- malformation congénitale
- lésion reçue au cours de l’accouchement
- maladies
- accidents
- tétanos ombilical dû au manque d’hygiène dans les hôtel-Dieu
Au XVIIIe siècle, les décès de moins d’un an représentaient 90,8 % des enfants envoyés en nourrice par l’hôtel-Dieu de Rouen.
Le baptême était rapide vu l’hécatombe ; c’était le salut éternel.
La réponse de l’Eglise était contradictoire :
- péché originel transmis à leur descendance
- aucun péché puisque vient de naître
D’autre part, le non baptême entraînait une exclusion sociale durement ressentie ; les enfants étaient inhumés hors de la terre sacrée du cimetière et donc loin de la tombe familiale.
D’où l’attention des curés à instruire les sages-femmes et matrones afin qu’elles sachent pratiquer l’ondoiement.
L’inquiétude des parents tournait à l’obsession quitte à faire courir des risques mortels à l’enfant que l’on portait parfois en plein hiver et à plusieurs kilomètres vers les fonts baptismaux.
La déclaration royale de 1698 poussait dans le même sens, c’est-à-dire baptême dans les vingt quatre heures.
la mortalité juvénile
entre 1 et 5 ans :
les causes sont :
- maladies bénignes aujourd’hui, mortelles avant
- variole, dysenterie
- insolation pendant que les parents travaillent aux champs
- dévorés par les animaux domestiques
- étouffé dans le lit des parents.
Pendant l’été et le début de l’automne, les germes et virus prolifèrent, ainsi que les intoxications alimentaires.
Seuls les plus robustes atteignaient l’âge adulte.
la mortalité adulte
Les hommes mouraient un peu plus que les femmes. Celles-ci mouraient entre 25 et 40 ans, l’âge des maternités et des couches.
La tuberculose faisait des ravages dans les campagnes, ainsi que la rage, la phtisie et les accidents du travail.
La cause de la mort est rarement précisée dans les actes.
Quant à ceux qui mouraient de "vieillesse", entre 50 et 80 ans, ils étaient relativement rares.
Il existe des crises de mortalité extraordinaires :
- épidémies "pure" : la peste
- affaiblissement de l’organisme qui prépare le terrain à l’épidémie
- mourir de faim (ex ; crise 1693-1694)
- guerres
La peste disparut peu à peu du XVIIIe siècle pour être remplacée par le choléra du XIXe siècle.
La disparition des épidémies et la diminution de la mortalité infantiles ( baisse du tiers entre 1760-1790 ) augmenta la vie de 10 ans en moyenne dans le courant du XVIIIe.
Le XIXe siècle vit l’espérance de vie moyenne à 36,4 ans ; le département normand et les zones de montagnes ont les taux les plus élevés grâce à la polyculture et à l’élevage.
L’ordonnance royale de 1776 de Louis XVI interdit pour des raisons sanitaires d’ensevelir dans les églises et imposa l’usage exclusif des cimetières.
La terre bénite se situait autour de l’église ; les paroissiens y venaient chaque dimanche. C’était un lieu familier et accueillant où les habitants y faisaient sécher le grain, la paille ou le linge.
L’Eglise s’éleva contre cette familiarité avec les morts. A terme, ces deux espaces - cimetière et église - finirent au XXe siècle par être rendus sacrés ... et totalement déserts.
De la naissance à la mort, les paysans étaient fortement encadrés par l’Eglise.
Pour chaque cas le serment était adapté : baptême, mariage, extrême-onction.
En 1539, l’Etat oblige l’enregistrement des baptêmes et sépultures.
En 1579, il oblige l’enregistrement des mariages.
Il fallut des décennies pour que les curés s’y tiennent.
Cela vaut les plus belles séries d’état civil qui font la joie des généalogistes et qui permettent l’étude de l’ancienne société.
DEUIL
Les deuils durent longtemps et ont de nombreuses obligations vestimentaires. Mais dans les milieux simples et campagnards, elles ne varient guère durant le temps de rigueur. En Normandie, le deuil est sobrement porté:
Pour les hommes, un grand manteau de deuil ou plus généralement, le port du crêpe noué au chapeau et de gants.
Pour les femmes, une mante à capuchon ou simplement le tablier de deuil, les ornements de la coiffe étaient enlevés et remplacés par des accessoires de couleur noire.
On meurt entouré, devant les parents, voisins et amis. On récite les prières en commun, on arrête de travailler. A la maison, les pendues et balanciers sont arrêtés, on voile les glaces pour que l’âme du mort ne puisse y voir son reflet.
PREMIERE ENFANCE
Le nouveau-né est complètement boudiné, corseté, immobilisé par le maillot. Les langes rarement changés et remis sales, se chargent d’absorber les urines. Le bébé dort souvent avec ses parents, faute d’un berceau. Pour éviter d’être étouffer, les parents dorment tête-bêche.
Dans la journée, sa mère l’emporte fréquemment aux champs sur son dos ou dans une hotte. Ou bien il reste suspendu des heures au mur en son absence. Le sevrage commence à la poussée des dents.
L’enfant apprend à marcher avec des lisières (voir dessin). Garçons et filles reçoivent les mêmes soins jusqu’à cinq ans. Pour tous, la première enfance appartient à la mère et au monde des femmes. Tous portent la robe des petits avec des corps de baleine.
L’AGE DE RAISON
L’enfant quitte l’entourage féminin et est désormais vêtu comme les grandes personnes. Les jouets sont très rares. Restent les chats, cigales et grillons, ruisseaux et forêts.
Mais la majeure partie de leurs temps est consacrée au travail dès l’âge de six ou sept ans. Quant à "l’école", c’est le curé qui enseigne quelques rudiments de lecture et d’écriture au presbytère… et seulement pour les garçons. Les filles sont élevées par les vieilles femmes qui leur apprennent à "besogner de l’aiguille" plutôt que l’abécédaire.
Les élèves les plus réguliers fréquentent l‘école cinq mois par an, de la Toussaint à la Saint-Georges (23 avril), c’est-à-dire en dehors des périodes de gros travaux aux champs. D’où le peu d’instruction des gens ruraux.
Après la communion solennelle vers 10 ans, les enfants partaient comme domestiques de ferme ou comme apprentis.
INSTRUCTION
La région parisienne, la Normandie, la Picardie, la Champagne et la Lorraine ont les plus forts taux d’alphabétisation (entre 30% et 70% des hommes vers 1690, entre 60% et 90% un siècle plus tard).
Au XIXe siècle, la scolarité va nettement évoluer, mais l’assiduité reste à désirer. L’école reste aux antipodes de la vie quotidienne : on y parle français et latin, ils parlent patois
Sur les actes de baptême et mariage, la signature du prêtre est accompagnée de la formule "lesquels ne sachant signer de ce interpellés" ou bien "a apposé sa marque ordinaire", c’est-à-dire une croix, symbole du serment par le signe de la sainte Croix de Jésus.
Ceux qui apposent leur signature le font avec un paraphe compliqué qui se veut décoratif et personnalisé.
APPRENTISSAGE
Il est inconcevable qu’un enfant soit inactif ou oisif. Très tôt, le fils d’artisan est familiarisé avec le travail de son père. L’apprentissage se déroule soit chez son père soit chef un confrère. L’entrée en apprentissage sera souvent le départ de plusieurs générations dans le métier. Quand le père est décédé avant de transmettre son savoir, le fils est souvent réduit à travailler comme journalier, manœuvrier. Il suffit d’aller à la louée, sorte de foire aux domestiques qui durent souvent 3 jours. A seize ans, filles et garçons entrent complètement dans le monde des adultes.
ARMEE
L’armée est principalement fournie par les sergents recruteurs. Au XVIIIe siècle, ils trouvent ainsi environ 40% de leurs soldats. Avec son uniforme rutilant, ses beaux discours et deux ou trois verres au cabaret, il est convaincant. Beaucoup de recrues à qui l’incorporation a permis d’échapper à la potence se livrent aux pires exactions. Faute de caserne les villageois sont obligés de loger les soldats. En 1798, le général Jourdan fait passer une loi instaurant le service militaire obligatoire. En 1804, un système de tirage au sort est mis en place qui durera jusqu’en 1889. Ce tirage au sort marquait une étape important dans la vie des jeunes hommes.
FIANCAILLES "paroles de futur"
C’est une promesse réciproque de mariage dans un certain délai (non précisé !) ce qui n’empêchait pas de passer directement à l’acte sexuel. L’Eglise a essayé pendant plusieurs décennies d’imposer des changements aux coutumes anciennes. Après le concile de Trente (1545-1563), l’Eglise est devenue pudibonde et a donc rapproché les fiançailles du jour de la bénédiction nuptiale. Sous Louis XIV, les fiançailles se faisaient obligatoirement la veille (ce qui se retrouve beaucoup dans les actes de l’époque). Entre 1560 et 1640 l’Etat impose l’autorisation parentale car les jeunes étaient majeurs seulement à 25 ans ( majorité fixée par la coutume et non par la loi) mais, même après ils étaient tenus de demander l’autorisation paternelle; les filles devaient parfois attendre 30 ans.
En Normandie, après avoir fait connaissance, le garçon a recours à un entremetteur : le badochet, le brouetteur ou encore le hardouin pour rencontrer les parents de la jeune fille. Si les parents sont d’accord, le garçon a le droit de "hanter" la jeune fille : cette période s’appelle "les venantises".
On publie les bans pour lesquels une dispense est parfois requise. Le trousseau est livré aux époux la veille, le jour ou le lendemain des noces. Les invitations à la noce sont faites à domicile par les mariés.
Depuis l’ordonnance de Blois de 1579, la publication de trois bans par le curé de la paroisse des futurs et le sermon des trois dimanches précédant la cérémonie et en plus la présence de quatre témoins au mariage faisait assez de publicité pour rendre les unions clandestines très difficiles.
La cérémonie se faisant généralement dans la localité de l’épouse, ainsi que le festin chez le père de la mariée.
MARIAGE
Le célibat existait quand même ; à la campagne il représentait 5 % au XVIIIe siècle,10 % en ville et jusqu’à 25 % de la population à Caen.
La cause principale non souhaitée et même redoutée était l’impossibilité de s’installer.
Quant à ceux qui franchissaient le pas, ils le font tard :
- au XVIIe siècle, 25 ans pour les hommes et 22 ans pour les filles
- au XVIIIe siècle, 27-28 ans pour les hommes et 25-26 ans pour les filles.
S’il y a une différence plus importante, elle s’explique par le remariage d’un veuf.
Dans les milieux les plus pauvres, les garçons épousaient des filles d’autant plus âgées qu’ils étaient les moins qualifiés ; le temps pour les filles de s’être constituée une dot.
En ville la moyenne était encore plus forte.
Les causes sont :
- la nécessité de limiter le nombre d’enfants
- la possibilité de nourrir sa famille
- la coïncidence entre exploitation agricole et famille poussant l’héritier à attendre la mort du père pour s’installer
- l’allongement de la vie au XVIIIe siècle.
L’Eglise n’aimait pas ce recul de mariage car elle encourageait les conceptions prénuptiales et les naissances illégitimes à la fin du XVIIIe siècle, alors que l’âge au mariage augmentait encore ; mais l’Etat maintenait la majorité à 25 ans pour les filles et 30 ans pour les garçons.
L’Eglise reconnaissant la validité du sacrement de mariage entre mineurs ; la loi civile assimilait le mariage d’un enfant mineur sans le consentement des parents à un rapt ; c’était passible de la peine de mort.
L’acte de mariage était obligatoire depuis 1579 et la signature obligatoire des époux ainsi que des quatre témoins requise depuis l’ordonnance de 1667, le "code Louis".
Il est d’usage de se marier dans son milieu et quelques kilomètres suffisent à être traité d’étranger. Jusqu’au début du XIXe siècle, 70% des garçons épousent une fille de leur paroisse et 90% des filles garçons épousent un garçon de leur paroisse.
Les anciens poussent souvent les jeunes à des mariages doubles : le fait qu’un frère et une sœur épousent une sœur et un frère économise généralement la dot et le patrimoine foncier reste ainsi dans la famille.
La cérémonie se faisant généralement dans la localité de l’épouse, ainsi que le festin chez le père de la mariée.
Le vendredi est exclu, car c’est jour de deuil et de jeûne en souvenir de la mort de Jésus-Christ; le dimanche est réservé au culte. La fin de semaine est boudée au profit des trois premiers jours. Le mardi est de bon augure. Impossible de se marier un jour de fête ou encore pendant les jours de pénitence de l’Avent et du Carême (abstinence sexuelle), en mai (influence néfaste depuis les lois romaines) et en été (fenaison, moisson).
A la campagne, les mariages ont lieu surtout en janvier, février et novembre.Le taux des mariages entre le 1er novembre et le 28 février :
- 1580-1589 : 40,9 %
- 1780-1792 : 53,8 %
Avant 1870-1880, la mariée n’est pas en blanc mais a des couleurs vives comme le rouge ou le bleu. La tradition de la robe blanche vient avec l’apparition de la vierge vêtue de blanc à Bernadette Soubirous dans la grotte de Lourdes.
La femme mariée doit s’attendre à se retrouver régulièrement enceinte à intervalles plus ou moins rapprochés : entre dix et seize mois. Jusqu’au XVIIIe siècle, elle donne naissance à dix ou seize enfants en moyenne : le nombre d’enfants est gage de prospérité en tant que main-d’œuvre gratuite.
A la campagne, les périodes de grands travaux sont des périodes d’abstinence ce qui explique les forts taux de naissance en hiver, entre décembre et mars.
Le plus souvent, l’homme est plus âgé que la femme , entre un et quatre ans.
S’il y a une différence plus importante, elle s’explique par le remariage d’un veuf.
Dans les milieux les plus pauvres, les garçons épousaient des filles d’autant plus âgées qu’ils étaient les moins qualifiés ; le temps pour les filles de s’être constituée une dot.
CONSANGUINITE
"Combien d’ancêtres avons-nous?
Infiniment plus que nous l’imaginons, mais fatalement bien moins que la logique le laisserait croire"
Le nombre d’ancêtres double à chaque génération. Chacun peut espérer remonter sa généalogie jusqu’au XVIè siècle, c’est-à-dire retrouver treize ou quinze générations, en moyenne trois ou quatre par siècle ce qui donnerait 16 384 ascendants.
C’est un miracle qu’un chercheur réussisse à identifier ses 16 384 ancêtres de la quinzième génération.
Si quelqu’un remonte jusqu’à Charlemagne, il aurait 34.359.738.368 ascendants. La Terre n’a jamais eu autant d’humains. Il est donc impossible d’avoir autant d’ancêtres au IX ème siècle.
Le nombre de mariage consanguin est donc considérable.
Par exemple, deux époux peuvent descendre d’un même ancêtre, l’un à quatre générations de distance et l’autre à cinq, il est tout à fait possible que ce cousinage ait pu être ignoré.
Nos ancêtres vivant dans des paroisses peu peuplées, la consanguinité était donc inévitable, même si les futurs mariés habitaient des paroisses non éloignées l’une de l’autre.
L’Eglise interdisait les mariages consanguins jusqu’au 6ème degré de parenté. Les fiancés ayant un lien de parenté inférieur au 6ème degré pouvaient obtenir une dispense.
Certains ancêtres apparaissaient plusieurs fois dans une ascendance et figurent dans plusieurs cases dans un arbre généalogique.
Exemple : St-Louis, roi d’Espagne, n’avait que 111 ancêtres à la 11ème génération au lieu des 1.024 théoriques.
Cette réduction du nombre réel d’ancêtres par la consanguinité s’appelle un implexe.
L’enfant d’un couple de cousins germains, au niveau de ses arrières grands-parents, a un implexe de 6 sur 8, puisqu’au lieu de 8 bisaïeux, il n’en a en réalité que 6.
DISPENSE
L’Eglise interdit le mariage jusqu’au 7è degré de parenté jusqu’au concile de Latran, puis du XIIè siècle à 1917, jusqu’au 4è degré.
Exemple : un homme ne peut épouser aucune de ses cousines issues de germains, c’est-à-dire aucune des arrière-petites-filles des frères et sœurs de chacun de ses huit arrière arrière-grands-parents !
Concrètement, près des deux tiers des filles du village sont de ce fait interdits.
L’Eglise rajoute les parentés par affinité qui résultent non du sang mais d’une alliance.
Exemple : un veuf ne peut épouser ni ses cousines ni celles de son épouse à commencer par ses sœurs.
Heureusement, l’Eglise accorde assez facilement une dispense moyennant une obole surtout pour les degrés éloignés.
Il existait deux sortes de mariages :
l’endogamie :
le mariage se faisait toujours dans la paroisse de l’épouse, même si le nouveau couple devait s’installer ailleurs ; en majorité, les époux étaient de la même paroisse. Si c’était une petite paroisse, le futur était obligé d’aller dans une autre paroisse proche car ils étaient tous parents dans le petit village d’où le choix extérieur nécessaire car la consanguinité était un empêchement au mariage, reconnu par l’Eglise et l’Etat.
L’homogamie :
l’époux comparait sa profession avec celle de ses parents et celle de son beau-père, l’épouse n’ayant pas de profession le plus souvent à la campagne. Le mariage de qualité voulait des époux accordés et de même condition ; contrainte majeure imposée par la famille et par la communauté villageoise.
En cas de parenté très proche, oncle à nièce, tante à neveu, les dispenses de parenté devaient être demandées à Rome. Pour les parentés moins proches, les dispenses étaient accordées par les évêques.
Vraiville entre Louviers et Elbeuf :
laboureur : 75% entre 1706-1752
88,5% entre 1753-1802
journalier : 75% entre 1706-1752
67% entre 1753-1802
DUREE DU COUPLE
50 ans de vie commune était très rares. La raison en est la brièveté de l’espérance de vie.
- ¼ des hommes et 1/5è des femmes sont veufs (ves) avant 35 ans.
- 1/5è des hommes et 1/3 des femmes sont veufs (ves) avant 45 ans.
La mortalité féminine pendant et après l’accouchement a un taux très élevé : 10%.
Malgré l’absence de divorce et la rareté des séparations, le mariage n’en était pas plus durable pour autant. Le seul espoir était le veuvage et le remariage.
A Crulai (paroisse normande) au XVIIIè siècle :
- 51,5 % union de moins de 15 ans
- 37 % union de moins de 10 ans.
Le veuf ou la veuve n’a guère le loisir de pleurer longuement le défunt ; il fallait un nouveau ou une nouvelle mère pour les enfants.
Le remariage constitue un phénomène structurel de l’ancienne société.
A Crulai entre 1674-1742, sur 186 veufs, 100 se remarient (54%)
- sur 261 veuves, seules 39 se remarient (5 %)
Il n’est pas rare de voir des hommes mariés trois ou quatre fois. La veuve attend à peine le terme de délai de "viduité" (ne pas épouser un homme tout en pouvant encore attendre un enfant du précédent). Un veuf se remarie moins de six moins après le décès de sa femme; en effet, un journalier qui travaille dur et doit s’occuper des enfants n’a pas vraiment le choix: le remariage est urgent.
Les troisièmes noces sont aussi assez fréquentes.
Le remariage se faisait dans les 18 mois du veuvage pour les veufs; moins fréquents pour les veuves ; environ dans les 2 ans.
CONFRERIE DE CHARITE
Ces charités remontent à l’époque de la Normandie ducale. Toute la pompe funèbre était prise en charge par la confrérie de charité. Elles existent encore aujourd’hui: en 1971, on en dénombrait plus de 100 dans l’Eure, environ 50 dans le Calvados et 3 en Seine-Maritime. Certaines sont plusieurs fois centenaires, n’ayant même pas cessé de fonctionner pendant la Révolution Française.
Ce sont des associations pieuses de laïcs assurant l’enterrement des confrères et faisant dire prières et messes pour le repos de leurs âmes. La survie de ces confréries est due beaucoup au fait que les fastes sont moins chers et moins spectaculaires que ceux des entreprises de pompes funèbres.
Le convoi d’un frère de charité est magnifié par le drap mortuaire richement brodé et par le cortège des frères en costume portant croix, bannières et torchères
Ils sont appelés aussi charitons.
Elles ont été fréquemment en conflit avec l’Eglise.
"Les femmes à la maison comme les chiens et les hommes à la rue comme les chats"
La femme règne en maîtresse souveraine sur l’intérieur de sa maison et dirige les fonctions domestiques. Elle est gardienne de l’âtre, fait la soupe et cuit le pain. Elle a la haute main sur le jardin, les légumes et fruits et sur le lait. Elle trait les vaches et fabrique fromage et beurre. Elle gère la basse-cour et la porcherie. Elle a le monopole de l’eau : puits, fontaine et lavoir. De plus, elle a l’exclusivité de l’accouchement, de la naissance et de l’éducation des enfants.
Elle ne mange pas à table avec les hommes et reste debout en retrait, dans un coin de la pièce.
L’homme travaille à l’extérieur et assume les gros travaux. Le champ est son univers comme le cabaret, la forge, l’auberge. Lui seul va au moulin moudre le grain et va vendre les bêtes à la foire.
A partir du XIXe siècle et jusqu’à une période récente, il est le seul à voter.
On enseigne depuis leur enfance qu’homme et femme sont séparés et que la répartition des tâches est faite en fonction des capacités physiques. A l’église, les uns se placent à droite et les autres à gauches.
Juridiquement, la femme mariée est considérée comme un mineur, un enfant et ne peut agir sans l’autorisation de son mari.
L’INTERIEUR DE LA MAISON RURALE au XVI-XIXe siècle
On entre directement dans la pièce principale, la seule à disposer d’une cheminée et de plus la pièce est dans le noir; Il fallait choisir: la chaleur ou la lumière. Chaleur bien légère par ailleurs. Riche ou pauvre, tous grelottaient. Quand à l’hiver, dans la chambre, l’eau était gelée dans le pichet et ils avaient toutes leurs hardes sur eux pour se réchauffer. D’autant plus qu’ils devaient économiser le bois.
La porte était toujours entrouverte pour laisser sortir la fumée car les cheminées tiraient mal. Les fenêtres étaient rares et garnies de papier huilé et non de verre très cher jusqu’au XIXe siècle.
Le sol est de terre battue, tassée. Le nettoyage est superficiel car les saletés rapportées de l’extérieur, les eaux sales, les excréments des enfants et des animaux domestiques et les parasites imprègnent le sol et l’odeur qui s’en dégage est forte et persistante.
Les habitants vivent tous dans la même pièce avec l’odeur du pot suspendu à la crémaillère dans laquelle la soupe, plat unique, à longueur de journée.
En résumé, notre estomac se soulèverait en pénétrant chez nos ancêtres.
La conception de la propreté et l’hygiène ne sont pas les mêmes que les nôtres.
Le mobilier est rare. Chez un journalier en Normandie au XVIIIe siècle, on peut trouver deux coffres sans serrures, deux bois de lit, un banc, une cuve à lessive, une petite table ronde, un coffre debout en forme de cabinet, un vieux pétrin.
Le mobilier rural se compose de coffre, table, banc, tabourets, lit. Le coffre est le meuble qui sert à tout ranger : céréales, pain, vêtements, linge, vaisselle, papiers importants. Il fait aussi office de siège.
Pour la table, il s’agit de plateau avec ses tréteaux. D’où l’expression "dresser la table". La table telle qu’on la connaît avec son tiroir se répand peu à peu au XVIIIe siècle.
Nos ancêtres vivaient dans une rusticité mobilière qui nous paraît proche du dénuement. Les ¾ du budget passaient à la seule alimentation, aussi l’équipement était-il réduit au strict nécessaire et souvent usés jusqu’à la limite de la rupture.
JOURNALIER
Il accomplit des journées chez son seigneur ou son fermier, chez un laboureur de l’aube au crépuscule, pour al moisson, la fenaison, les vendanges de fin mai à octobre en campagne.
Des journées épuisantes coupées de brèves collations solides (pain et fromage rassis, piquette) apportent le "salaire", rarement de l’argent à part quelques piécettes mais plutôt un léger pourcentage des récoltes pour l’hiver, ou des reconnaissances de dettes que le journalier avaient contractées.
SEDENTAIRE OU PAS
Nos ancêtres étaient loin d’être sédentaires. Beaucoup d’entre eux étaient sur les routes, hommes ou femmes, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, seul ou en groupes, comme par exemple les compagnons du tour de France. La majorité va à pied, les autres prennent les rivières ou fleuves, puis viendra le chemin de fer plus tard. Ce sont principalement des gens de la campagne pour arrondir les fins de mois. Nombreux sont ceux qui se font embaucher quelques semaines pour battre le blé au fléau ou comme vendangeurs.
Comme aventuriers, les Normands ont aussi participé aux voyages notamment vers le Québec. En 1652, 1000 hommes venus de Rouen ont débarqué à Québec. Entre 1615 et 1666, les Normands représentent 53% de ces nouveaux venus.
Ceux d’entre eux qui vivaient de l’agriculture n’hésitent pas à revenir en France "débaucher" d’autres paysans (bûcherons, menuisiers,…) qui gagnent une vie de misère pour les aider à défricher, couper le bois, etc …
N’ayant pas d’argent, ils s’engagent dans la marine en espérant se fixer une fois leur temps fait. Le besoin en hommes ne cessant d’augmenter, des recrutements sont organisés à Dieppe, Honfleur, Bordeaux et à La Rochelle.
En 1664, le roi ordonne de lever 300 normands.
Ces émigrants, célibataires, avaient besoin d’épouses. Après quelques essais infructueux comme les "filles du roi" (orphelines élevées par des religieuses souvent de santé délicate) en 1654 et 1665, une veuve québécoise sélectionne elle-même en 1669, 150 filles vigoureuses. Puis de 1665 à 1673, plus de 1000 filles de France dont essentiellement des Normandes sont envoyées là-bas.
Malgré l’éloignement de la France et de leurs familles, ces familles dorénavant établies auront souvent plus de 10 enfants ! D’où l’importance des racines françaises dans la région québécoise.
Créés par la Première République en 1792, pour remplacer les registres paroissiaux, ils sont conservés pendant 100 ans à la mairie.
Au-delà de ce cap, ils sont envoyés aux Archives départementales si la population de la commune est inférieure à 2000 habitants. Un double du registre est cependant adressé dès la fin de l’année concernée au greffe du Tribunal de Grande Instance ( cette collection dite " du greffe" constitue celle des Archives départementales au bout de 100 ans ).
Il existe trois sortes d’actes : l’acte de naissance, l’acte de mariage et l’acte de décès.
Attention, seuls les actes concernant notre ascendance directe nous sont communiqués. On ne peut obtenir ceux des frères et sœurs ou oncles et tantes de moins de 100 ans. Au-delà de ce cap, n’importe quel acte peut nous être remis y compris celui de personnes n’appartenant pas à notre famille.
Durant son mandat, l’évêque se devait de visiter le curé de chacune des paroisses de son diocèse. Ce n’était guère des visites de courtoisie mais plutôt un contrôle de ses registres et du niveau religieux de ses ouailles en bonne et due forme. Gare au curé qui tolérait des protestants ou des filles mères dans sa paroisse. Ou encore si les registres de baptêmes, mariages et sépultures n’étaient pas clairs...
Pourtant lorsque l’on voit les écritures dans certains registres, on comprend que les visites pastorales n’étaient guère fréquentes.
Les dispenses de droit canon sont accordées par l’évêque lorsque le mariage ne pouvait avoir lieu au cas où une opposition s’était manifestée au cours des trois bans prononcés au prône des messes. Une fois acceptées, le prêtre devait obligatoirement les signaler dans l’acte de mariage.
Il en existait deux sortes :- les dispenses de bans, demandées afin de ne pas attendre les trois semaines (bans) pour se marier. C’était le cas lorsque la mariée fêtait Noël avant ses Pâques (l’accouchement était imminent) ou encore lorsque l’on souhaitait se marier juste avant le Carême (février mars).
- les dispenses de consanguinité ou de parenté. Généralement dans les campagnes, un lopin de terre reliait les cœurs de deux cousins. Sous l’Ancien Régime, on ne pouvait se marier entre cousins jusqu’au quatrième degré canonique sans risquer l’inceste : c’est-à-dire entre arrière arrière-cousins (petits-enfants de cousins germains).
Les degrés canoniques se calculaient par génération. Ce sont des dispenses de parenté par le sang.
Mais il existait aussi une autre forme d’inceste qui, pour ne pas être reconnu, exigeait une dispense de parenté par l’alliance. En effet, les beaux-frères et belles-sœurs, parrains et marraines (appelés aussi compères et commères, dans le cadre de la parenté spirituelle) formaient des liens lors de ces actes religieux. Et bien souvent, il arrivait qu’un veuf épousât une petite cousine de sa défunte moitié.
Aux yeux de l’Eglise, le calcul de la parenté spirituelle était identique à celui d’un mariage entre proches cousins.
L’Eglise ne tient plus de registres de sépultures depuis la dernière guerre.
Il existe des registres paroissiaux dits de catholicité rédigés depuis la Révolution, sur le modèle des fameux BMS (baptême, mariage et sépulture), qui apportent beaucoup dans la connaissance de nos ancêtres. Ces derniers n’avaient pas hésiter à braver l’ordre public pour faire baptiser leur nouveau-né alors que ce fut illégal jusqu’au Concordat du 8 avril 1802. Ce dernier ôtera aux baptêmes, mariages et sépultures célébrés ensuite toute valeur juridique ce qui explique le peu de précision sur la domiciliation des parrains, par exemple.
CALENDRIER
Le début de l’année varie beaucoup selon les religions, les lieux et les époques:
Le 1er mars avant Jules César, le 1er mars, le 1er janvier, le 25 mars, jour de l’Annonciation ; 9 mois avant la naissance de Jésus-Christ pour Noël.
L’édit de Charles IX : l’année commence le 1er janvier.
Le pape Grégoire XIII décide de rattraper le retard de 10 jours par rapport à l’année solaire en décrétant que le 4 octobre sera le 15 octobre cette année-là.
24 novembre. Début du calendrier républicain instauré par Fabre d’Eglantine et Romme, mathématicien. Les mois deviennent :
automne vendémiaire vents octobre
brumaire brumes novembre
frimaire frimas décembre
hiver nivôse neige janvier
pluviôse pluies février
ventôse vents mars
printemps germinal germination avril
floréal floraison mai
prairial prairies juin
été messidor moisson juillet
thermidor chaleur estivale août
fructidor fruits septembre
Ils remplacent les fêtes quotidiennes par des hommages rendus aux vertus, à la nature et au travail.
1er janvier. Le calendrier grégorien reprend 8 ans après la mort des inventeurs du calendrier républicain guillotinés sous la Terreur.
1er almanach des postes.
Source :
Les Français d’hier - Des paysans - XVe-XIXe siècle - T1 ; Gabriel Audisio ; éditions Armand COLIN ; 1993
Ainsi vivaient nos ancêtres. De leurs coutumes à nos habitudes – Jean-Louis Beaucarnot – Editions Marabout – 1991
ABC de généalogie ; Valérie GAUTIER ; éditions Jacques GRANCHER ; 1994.
RFG Revue Française de Généalogie – n° 105 sept-oct 1996
RFG Revue Française de Généalogie – n° 107 déc 1996-janv 1997
Gé-magazine – n° 152 septembre 1996
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